Article de Fabien Soyez, « La Vois du Nord », jeudi 11 août.

« Dans la rue, on peut facilement croire que c’est de la mauvaise éducation, alors que ces comportements qui semblent non appropriés, c’est simplement de l’autisme. »

Le regard lointain, très calme, Christophe Varlet, éducateur sportif, se souvient. « Il y a sept ans, j’étais dans un magasin avec mon fils, Émilien. Il avait 4 ans. Tout allait bien jusqu’à ce qu’il fasse une crise… Je n’oublierai jamais les regards autour de moi, les gens se disaient sûrement que je ne savais pas tenir mon enfant. » Aujourd’hui, Émilien a 11 ans. Et avec le temps, Christophe a su se construire une carapace. « À force, on n’y fait plus attention. Bien sûr, on a toujours de la colère, mais on sait que la majorité des gens ne connaît pas l’autisme… C’est juste de la méconnaissance. Alors, on passe outre. » En 2003, quand il découvre que son fils est autiste, Christophe accuse le coup. « On se doutait bien, avec mon épouse Audrey, qu’il y avait quelque chose. Il ne parlait pas, il ne faisait pas comme les autres enfants de son âge. Il était dans son monde… » Le centre d’action médico-sociale précoce (CAMSP), qui suit Émilien, conseille au couple de faire entrer son fils dans un IME (institut médico-éducatif). « On en est vite parti », lâche Christophe. A l’époque, Émilien allait trois jours à l’IME, et le reste de la semaine dans une école du Dunkerquois. « Au début, ça s’est mal passé. On avait le sentiment qu’il dérangeait. Certains instituteurs le mettaient de côté… » Puis Christophe se tourne vers un autre établissement, l’école primaire Jacques-Brel, à Grande-Synthe. C’est là qu’enseigne Sylvie Barrois, une« instit’ exceptionnelle ». Après le « parcours du combattant » pour scolariser son fils, Christophe trouve enfin une alliée. « Elle est hyper motivée, concernée, lance-t-il. Elle fait des recherches de son côté, est en relation avec des psychologues québécois… Elle ne compte pas ses heures pour aider mon fils. Si je pouvais, je lui verserais un salaire !Heureusement que des personnes comme elle sont là. Hélas, elles ne sont pas reconnues pour ce qu’elles font. » Depuis 2009, une CLIS (classe d’intégration spécialisée) accueille à chaque rentrée sept enfants autistes. « Ils sont entourés par leur institutrice et un auxiliaire de vie scolaire, explique Christophe. Les cours se font par des images, des pictogrammes… » Convaincu par cette classe d’un nouveau genre, sceptique quant à l’efficacité des IME (« On ne fait rien pour les stimuler, là-bas, on se contente de les accueillir, c’est devenu une machine à fric », dit-il), Christophe envoie son fils à l’école à temps plein.Séances de sport
Objectif de la CLIS : donner aux enfants une certaine autonomie pour pouvoir intégrer une classe ordinaire. « Ils sont en inclusion avec des classes d’enfants non-autistes. A la rentrée, j’y donnerai des séances de sport », confie Christophe. Car le Coudekerquois ne se contente pas de laisser son fils à l’école. Maître-nageur, éducateur sportif à Grande-Synthe, il intervient à Jacques-Brel depuis la création de la CLIS. « Pendant l’année scolaire, les enfants vont à la piscine de Grande-Synthe, où je leur donne un cours basé sur le jeu… » Pour dispenser ces séances spécialisées, Christophe a suivi une formation, payée par la ville de Grande-Synthe. Actuellement, la piscine est fermée. « Mais dès qu’elle rouvrira, en novembre, je donnerai des cours aux enfants. » En attendant, Christophe conserve sa classe : « J’interviens directement pendant les cours de sport, au côté de l’institutrice. À la rentrée prochaine, je donnerai aussi aux enfants des cours de yoga et de relaxation. » Christophe pense même à devenir éducateur spécialisé. A son poignet gauche, pend un bracelet rouge. Dessus est écris « Écoute ton coeur. » « C’est une association, explique-t-il. Elle propose des activités pour les enfants autistes, organise des concerts… Pour sensibiliser les gens. » Comme l’association dont il fait partie, Christophe se bat pour que son fils ait, à défaut d’une vie normale, « la vie la plus heureuse possible ». Les autres, Christophe essaie de « lutter contre leur ignorance », de leur montrer que « ce n’est pas parce qu’on est handicapé qu’on est débile ». Sanglots dans la voix, colère réprimée. Christophe se redresse sur sa chaise, lance : « Ça peut arriver à n’importe qui. Je crois que c’est quand on a le nez dedans qu’on comprend vraiment… Quandon a un enfant autiste, on relativise, ça apprend l’humilité. Ça ne ferait pas de mal à certains. » Une pause, puis il poursuit : « On vit dans une société où on cache les gens différents. On les regarde comme des bêtes de foire. C’est important de parler de l’autisme, de sensibiliser les gens. Un jour, peut-être, on finira par arrêter de regarder ceux qui en souffrent différemment. »LE SPORT CONTRE L’AUTISME

Fondée en 2008, Écoute ton coeur est une association dunkerquoise née de la volonté d’un père, José Milliot. « Je n’arrivais pas à insérer ma fille Joséphine, autiste, dans des séances de sport normales. » Alors, l’arbitre fédéral de football a créé une association pour donner aux enfants comme Joséphine des séances de sport adaptées. « Au début, on était six, avec une éducatrice spécialisée. » Puis, grâce au bouche à oreille, l’association fait un bond de géant : en 2011, elle dénombre 700 membres. « En plus du sport, on sensibilise le grand public à l’autisme et aide les parents, avec des psychologues », explique José Milliot.Association de bénévoles, Écoute ton coeur fonctionne grâce aux dons. Elle organise des manifestations pour faire parler de l’autisme : « En janvier, on a organisé le concert des Prout , au Kursaal. En récupérant uniquement les ventes de programmes et de boissons, on a réuni 25 000 € ». En octobre, l’association ouvrira une structure d’accueil. « On y dispensera des séances de sport, il y aura des éducateurs et une psychologue, explique José Milliot. On organisera des séances ludiques pour aider
les enfants à sortir de leur bulle. »


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